Au fond d’un jean (et de l’univers)

Je suis un grain dans ta chaussure, un caillou dans ta poche. Je sais que je te blesse, je sens les lésions sous ton pas lourd dans l’escalier. Je t’entends monter à l’étage sans te voir, je te cherche sans te trouver. J’aimerais gravir les marches deux par deux et te rejoindre. Je ne peux pas. Je suis bloquée dans ce salon que la lune éclaire mollement et le halo fait écho à ma paresse.

J’ai oublié que j’étais seule.

Je ne sais pas pourquoi tu me gardes auprès de toi, comme un talisman. Je me demande si je peux nous guérir des poèmes trop remâchés. J’ai voulu te les resservir trop de fois, maintenant les saveurs sont usées. Je voudrais ressusciter nos papilles. Je voudrais t’aimer mais j’ai perdu la recette. Je voudrais donner mais je n’ai plus rien dans mes poches.

Pourtant je le porte en moi cet amour, c’est toi le caillou dans mon ventre. Parfois j’essaie de le noyer dans le gin et alors il refait surface. Moi je me noie et toi tu nages jusqu’à nos berges. Tu rentres à la maison. Est-ce que tu m’ouvrirais la porte si je voulais te rejoindre ? Je ne veux plus passer la nuit dehors. Je nous sème sur la route pour ne pas me perdre.

Je renverse les assiettes, le café sur la table, mon cœur toujours trop plein. Toi c’est ton rire que tu renverses, une voie lactée dans l’espace. C’est moi ta maladresse. C’est toi ma lumière vive. Pardon pour mes errances. J’ai cru pouvoir m’en aller mais tout me ramène à nous. Je vais allumer dans le salon, ouvrir les fenêtres de mon cerveau. J’espère que tu passeras ta tête par l’encadrement de la porte comme autrefois. Je veux revoir tes yeux noirs compléter les miens. Je ne veux pas que ton sourire cesse de me chercher.

Retrousse tes poches, promis je suis tout près.

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