L’attache

Et je parle trop vite. De ces repas du dimanche en famille, de la volaille qui trône sur la table, de cette cuisine étriquée. De ces après-midi où l’on sortira de table en ayant mangé pour trois semaines, l’estomac distendu et l’esprit assommé par la graisse.

De la graisse qui maculera nos vêtements, imprégnera la peau, les pores. La cuisine est généreuse, la ménagère aussi. Sur son petit morceau de plan de travail bleu, elle passe le chiffon pour essuyer les taches.

Toujours les mêmes : découper, éplucher, laver, cuire, congeler, astiquer, ranger, recommencer. Les tâches d’une obligée. Une femme rendue vieille, une grand-mère débordante, d’amour et d’obligeance. Obligée de nous aimer et de nous faire plaisir.

La tribu au corps comme une attache.

Publicité

Plateaux

Il y a dans l’écoulement
Quelque chose qui m’intéresse
L’évier se remplit peu à peu
D’une eau sombre
Prière de ne pas penser
A mesure que les mains lavent
Frottent la surface
Des choses
Sans but précis
Ou sans autre but que la mince contribution
A l’effort
Collectif
Quand les mains caressent
Nonchalamment
Quand les mains tiennent
Portent
Gardent l’esprit à distance
J’ai déplacé les lampes
Pour accueillir le jardin
Chez les hommes – dans le bruit des accordéons
Le plateau s’inscrit dans la roche
Au milieu des genêts
Que d’autres mains ont déracinés
Pour accueillir le jardin
C’est l’écoulement qui a permis
Aux deux gestes singuliers
Exécutés par les mains
De nourrir la même intention
Et plus tard encore
De préparer la scène
Pour les accordéons
L’évier déborde
Je vais enlever le bouchon