Le flot le chose et l’âme

il y a dans le flot de l’écriture quelque chose – plus grand que nous. les yeux regardent le monde et le monde vrille l’intention jusqu’au bord des mots. nous sentons une force qui nous anime nous sommes semblables aux feuilles mortes quand elles traversent la route sans prêter attention aux feux rouges. le vent les a soulevées pour impulser ce mouvement un élément extérieur. les feuilles existent simplement pourtant il faut les dire. le flot célèbre rend autonomes ces instants fragiles que nous passons habituellement sous silence le pinceau qui caresse la joue poudrée une forme de bleu qui nous plaît nous rappelle à la nuit. les images s’ancrent sur la rétine sans qu’on les comprenne elles sont pareilles à la voix d’une étrangère qui emplit le wagon d’un TER, indéchiffrable

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avec elle l’espace s’ouvre                         –      elle habite les choses 

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le flot donne un nom aux regards croisés dans la foule quand tout le monde se ressemble et que notre âme est triste. je lis le poème d’un inconnu même si l’affiche dans la rue est à moitié arrachée et que la pluie a coulé sur les signes imprimés ou peut-être pour cette raison j’ai l’impression de le connaître. le flot soulève la poussière et le vacarme au-dessus de la ville – de la ville écrasée – de l’oppression exercée sur nos vies malmenées. l’écriture est une déflagration qui répond à celle des manifs elle arrache aux injonctions comme les membres sectionnés par la police ou le pas de chance fallait pas passer par là t’avais qu’à pas être ici. elle reprend à la gorge les insultes vociférées l’effarement du monde face à ce qui ne saurait exister.

le flot dessine les ilots de résistance, les bulles d’oxygène qui éclatent à la surface du monde lisse et de ses horloges tournant dans le sens horaire. les mots mêlés les voix perdues les chants scandés et le langage nourrissent la possibilité d’un autre discours.

écrire un poème c’est choisir le nom de son âme – rencontrer sa puissance.

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